CAMILLA SPARKSSS

Dans une forme d’extension électronique de son duo Peter Kernel, la canado-tessinoise Barbara Lehnhoff se mue en Camilla Sparksss pour un projet qu’elle qualifie d’hyper pop.

Exit les compositions et arrangements expansifs. Place au primitif, au spontané et à l’hypnose des synthés. Ici, elle livre seule derrière ses machines des performances électroniques et vocales des plus punks. Elle a sorti un nouvel album en avril 2019 “Brutal” (On The Camper records).

Empreinte d’une approche autobiographique franche, la musique de la canadienne s’offre cette fois une production beaucoup plus riche et variée que sur le précédent For You The Wild (2014), qui était lui plus lo-fi et baigné d’influences indus.

Brutal part effectivement un peu dans tous les sens et rappelle les travaux de quelques New-Yorkais kamikazes capables d’exploser les chapelles musicales bien avant l’arrivée d’Internet: le Blues Explosion sur So What ou Liquid Liquid et sa no wave percussive sur Psycho Lover, de manière assez limpide. L’écriture de Camilla Sparksss est toujours sur la frange du tube pop, quitte à inviter des sonorités inattendues. C’est le cas sur Are you ok?, entêtante ritournelle aux sonorités arabisantes qui tutoie les refrains les plus efficaces de M.I.A.

Bien peu préoccupé des questions de cohérence ou de bienséance, Brutal raconte exactement l’endroit où se trouve une musicienne qui arpente les scènes des salles et squats européens depuis une douzaine d’années, influencée autant par la noise de Sonic Youth que par les climats glacés de The Knife ou la joie de vivre d’une certaine musique expérimentale foutraque. Camilla Sparkss réussit à proposer un gigantesque maelstrom sonore dans lequel surnage une personnalité tantôt outrancière, tantôt émouvante et ouvre de nouvelles voies pour l’electro punk, seulement guidée par son instinct et donc une forme de brutalité pleine de vitalité.