DINA ÖGON

Le quatrième album de Dina Ögon est plus long que tout ce qu’ils ont publié jusqu’ici. Là où le premier album éponyme, le deuxième Oas et le plus récent Orion semblaient s’interrompre presque brusquement, le groupe choisit cette fois d’aller jusqu’au bout et exige toute notre attention. À une époque où le format album est […]

Le quatrième album de Dina Ögon est plus long que tout ce qu’ils ont publié jusqu’ici. Là où le premier album éponyme, le deuxième Oas et le plus récent Orion semblaient s’interrompre presque brusquement, le groupe choisit cette fois d’aller jusqu’au bout et exige toute notre attention. À une époque où le format album est souvent relégué au second plan, au profit d’une succession de singles numériques sans véritable lien entre eux, Dina Ögon prennent résolument le contre-pied et livrent un double album.

Si Anna Ahnlund posait auparavant son regard sur le monde extérieur, elle se tourne désormais vers les paysages intérieurs et les relations humaines. Les textes restent ouverts à ce qui nous entoure, mais c’est lorsqu’ils s’ancrent dans la vie, le chagrin et l’expérience intime qu’ils gagnent en intensité, transformant ces matières en chansons qui oscillent entre euphorie et mélancolie.

La musique de Dina Ögon a souvent été expansive, guidée par une curiosité insatiable qui entraînait l’auditeur dans de vastes explorations sonores. Aujourd’hui, tout se passe comme s’ils avaient trouvé leur place. Rien de monotone pour autant, mais une identité sonore pleinement assumée, loin du mimétisme ou du jeu de langage emprunté aux autres. Un instant, le groove s’installe avec légèreté; l’instant d’après, une noirceur affleure, plus profonde et plus persistante qu’auparavant.

Les contradictions issues de cet immense creuset d’influences sont désormais fondues avec davantage d’audace et de maturité. Les styles et références s’entrelacent pour former un langage propre, plutôt que d’être simplement exposés. Le tout est traversé d’un humour discret, parfois inattendu, qui allège des chansons pourtant chargées d’expériences vécues. Des détours mélodiques et des trouvailles surgissent là où on ne les attend pas.

Comme pour les albums précédents, quiconque tenterait d’en extraire des singles s’attaque à une tâche périlleuse. Le tout dépasse largement la somme des parties. Cela n’empêche pas la présence de titres évidents, promis à une large diffusion. “Dålig teve”, “Margaretas sång”, “Människobarn”, “Hack i häl” ou encore “Du tappa dä”. Si les premiers albums de Dina Ögon accompagnaient les amours de fin d’été, nous sommes désormais en automne. Reste à savoir si cet automne évoque un amour mûri ou la tristesse de ce qui n’est plus. Tout dépend de l’oreille de l’auditeur. On y entendra sans doute tout à la fois, des chemins qui s’enroulent et se déploient dans des directions possibles et impossibles, à la manière d’une musique comparable à une œuvre de M.C. Escher: d’abord lisible, puis ouverte à toutes les contradictions.